Organisation

L’ Académie Diplomatique Africaine (ADA) est une coalition en faveur du développement de l’Afrique qui regroupe des personnalités du monde politique, économique et diplomatique réunis autour de M. Benoît NGOM, son Président. L’ ADA a pour vocation de favoriser l’émergence d’une diplomatie au service du développement durable, de la culture et de la paix, et de faciliter  l’harmonisation des politiques extérieures des états africains sur certains enjeux majeurs pour le continent.

L’ ADA est un « Think Tank » regroupant des experts africains intervenant dans les domaines de la diplomatie, des relations internationales, des affaires et de la culture. C’est une structure de  » Lobbying  » en faveur du continent africain, un véritable instrument de promotion de la Diplomatie et de ses acteurs. Elle agit en complémentarité avec l’Union Africaine et les autres organisations sous-régionales africaines.

Missions

  • Favoriser l’émergence d’une diplomatie au service du développement de la culture et de la paix ;
  • Définir et faire respecter les critères de convergences dans le domaine de la Démocratie et des Droits de l’Homme ;
  • Contribuer à l’instauration d’une Diplomatie Proactive axée sur le progrès économique et social, la lutte contre la pauvreté, l’édification de la Bonne Gouvernance et le renforcement des capacités des diplomates africains ;
  • Œuvrer pour la consolidation du principe de l’égalité souveraine des Etats mais également pour le respect des engagements internationaux souscrits ;
  • Contribuer à la lutte contre la marginalisation de l’Afrique.

Administration internationale

Benoît Saliou NgomPrésident Fondateur
Ernest Bay KoromaPrésident d’Honneur
Yuksel YalovaVice-président
Mohamed H’midoucheVice-Président, Délégué Général Maghreb, Moyen-Orient
Donaly MalunguVice-Président, Représentant du Président en Europe
Marc RogerVice-Président, Secrétaire International Exécutif
Bruno VennVice-Président, Directeur Protocole et événementiel
Sobel Aziz NgomVice-Président, Jeunesse, Prospective et Développement
Andrea GiannettoPrésident Exécutif de l’IDA
Yu WinhiReprésentant en Chine
Abdoulaye FallReprésentant en Chine
Razak LawalReprésentant Nigéria/CEDEAO
Médoune ThiouneReprésentant Nigéria/CEDEAO
Aboubacar DiantéReprésentant en Amérique du Nord
Oumy MbengeReprésentante du Président aux USA
Pr Enrique de TomasComité Scientifique
Pr Ogo SeckComité Scientifique
Dr Niagalé BagayokoComité Scientifique
Dr Déniz BagriacikComité Scientifique
Ousmane Sy NdiayeCoordonnateur Général des Programmes
Michael LangstaffConseiller Spécial Développement
François XerriConseiller Spécial
Reginald GrouxConseiller Spécial Arts et Culture
SEM Samba Buri MboupConseiller Spécial Diplomatie Culturelle
Andreas LangwiederReprésentant National des Affaires Humanitaires en France
Makhete WadeDirecteur des Programmes de Diplomatie, Arts, Culture et Développement
Mbacké DiopCoordonnateur de la Cellule Economique, Sociale et Environnementale
Aminata DioufAssistante de Coordination des Programmes
Ahmet KormanReprésentant en Turquie
Mustafa KeciliogluReprésentant en Turquie
Gabriel KotchofaReprésentant en Russie
Edouard BoyeDépartement Informatique, Conseiller Technique

Les parrainages

L’Académie reçut, dès qu’ils furent informés de sa naissance , le soutien formel de Abdou Diouf Président de la République du Sénégal, Gnassingbé Eyadema Président de la République du Togo, du Chief Emekla ANYAOKU, Secrétaire général du Commonwealth, du Docteur Ahmet ESMAT ABDEL MEGUID, Secrétaire Général de la Ligue des Etats Arabes, de Frédérico MAYOR, Directeur Général de l’UNESCO, de Salim Ahmet SALIM, Secrétaire Général de l’OUA, de Romano PRODI, Président de la Commission de l’Union Européenne, de Colin Powell, ancien Ministre des Affaires étrangères des USA ,de George Moose ancien sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, Monsieur Hubert Védrine, ancien Ministre des affaires étrangères de France, de Monsieur Moustapha NIASSE Ministre des Affaires Etrangères, de Boutros BOUTROS-GHALI, Secrétaire Général de la Francophonie et de Monsieur Marcolino MOCO, Secrétaire Exécutif du CPLP, Pascal Boniface Directeur Général de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), André Lewin, ancien Ambassadeur de France et ancien Porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU.

30e anniversaire de la première rencontre entre blancs libéraux d’Afrique du Sud et l’ANC tenue à Dakar en 1987

Les Gouvernements du Sénégal et d’Afrique du Sud ont pris l’heureuse décision d’organiser du 11 au 14 Juillet des journées commémoratives du trentième anniversaire de la première rencontre entre les Libéraux blancs de l’Afrique du Sud et les militants de l’African National Congress (ANC).

Ces manifestations se sont déroulées sous l’autorité du Ministre de la Culture et de la communication qui a mis en place un comité d’organisation composé entre autres de Messieurs Birane NIANG, Secrétaire général du Ministère de la Culture et de la Communication , Hamady Bocoum, Directeur Général du Musée des Civilisations noires , du Directeur des Arts Abdoulaye Koundoul , et de Madame la Sécrétaire Générale de la Biennale Madame Mariéme BA de Dakar.

La diversité de leurs compétences et de leurs expériences aura permis de donner une dimension culturelle multiforme à cet événement marqué , entre autres par l’oraganisation du Colloque : ” Sur la force du dialogue , hier , aujourd’hui et demain “

Je voudrais tout d’abord tout d’abord souligner que cet événement qui est commémoré aujourd’hui nous le devons à la persévérance et à la détermination d’un homme, Frédérick Van zyl Slabbert , qui prit l’initiative de mobiliser les libéraux blancs de l’intérieur pour rencontrer et discuter avec les membres de l’ANC afin de briser le cercle vicieux de la suspicion et de la haine dans lequel le régime raciste de l’Apartheid les avait enfermés.

Le contexte de l’époque était marqué par une extrême agressivité du régime raciste attaqué de toute part ,et qui comme une bête blessée avait accentué la répression intérieure et extérieure. En clair , cette manifestation était complètement illégale du point de vue du régime et faisait encourir à ces organisateurs des sanctions pénales.

C’est malgré toutes ces considérations , que le Dr Slabbert décida de passer à la phase d’exécution de son programme qu’il voulait réaliser absolument dans un pays africain. Il en parla à son ami le poète sud africain Breyten Breytenbach qui me mit dans la confidence en me demandant si je pouvais aider à ce que cela se réalise comme souhaité .

Je lui proposais alors d’organiser la rencontre à Dakar , ce qu’il accepta. Je pris contact avec le Président Abdou Diouf qui profitant d’un voyage à Paris nous reçut à l’Ambassade du Sénégal. Malgré les risques , le Président Diouf enchanté de voir le Sénégal pouvoir jouer ce rôle nous donna son accord.

A la lumière de ce qui précède , notre légitimité de témoignage nous impose un devoir de mémoire et de reconnaissance à l’égard Van zyl Slabbert aujourd’hui décédé et à Breyten Breyten Bach pour le rôle qu’ils ont joué pour permettre le début d’un processus de dialogue qui aboutira à l’émergence d’une nouvelle situation qui permit l’arriver au pouvoir de Frédérick Declreck , la libération de Nelson Mandela et l’avènement de la première République post apartheid.

L’Afrique a le devoir de reconnaitre sans complexe la contribution remarquable de ces hommes qui sont aussi ses fils.

L’Afrique doit éviter de refaire ce qu’elle a condamné chez les autres qui en écrivant une histoire purement idéologique de l’humanité avait dénié à ses enfants même la capacité d’avoir une âme. En discutant avec mon ami le Professeur Iba Der Thiam , dans le cadre de cette commémoration de la rencontre de Dakar dont il fut un éminent animateur et à qui aujourd’hui il a été confié la mission de rédiger l’histoire du Sénégal, j’ai eu le bonheur de constater que nous partagions parfaitement cette appréciation.

La réécriture de l’Histoire de l’Afrique si elle se veut être utile et féconde doit se faire sur des bases objectives qui privilégient la collecte des données .

Cette rencontre historique eut lieu à Dakar un pays qui, fidèle à une longue tradition politique et diplomatique, a toujours joué un rôle important dans la marche de l’histoire de l’Afrique.

Donc ce n’est pas un hasard si cette rencontre a eu lieu ici dans ce pays qui a toujours été à l’avant-garde de nombreux combats et qui a toujours été parmi les grands avocats des grandes causes. Cela appartient son histoire à son vécu et aussi au génie et à la générosité légendaires du peuple sénégalais.

Je voudrais affirmer que de mon point de vue, rien ne se comprend hors de sa résonnance historique car pour bien comprendre les faits et les saisir dans leur dynamique il faut nécessairement les remettre dans leur contexte historique.

Au début était le Café de Cluny à Paris . Dans ce lieu mythique, au cœur du quartier latin, et qui fut le lieu de rencontres de quelques grands noms de l’intelligentsia française et mondiale, j’avais pris l’habitude d’y rencontrer une grande figure de la lutte anti apartheid. Il s’agit de mon ami le grand poète sud-africain Breyten Breytenbach.

Ensemble, nous échangions toujours, et de façon soutenue, sur la situation politique de son pays qui était alors sous le joug du régime raciste et violent de Pretoria. Nous échangions aussi sur la nécessaire mobilisation de toutes les consciences et bonnes volontés pour mettre un terme aux souffrances inacceptables d’un peuple qui se bat pour sa dignité.

C’est ainsi que de fil en aiguille nous posâmes les premiers jalons d’une coopération entre quelques intellectuels engagés de l’Afrique du sud et les membres de l’Association des Juristes Africains.

Ces échanges fructueux autour d’une cause désormais commune, renforcèrent nos liens et ouvrirent de nouvelles perspectives.

L’Association des Juristes Africains(AJA) a entretenu des relations suivies avec l’ANC durant la période de l’Apartheid.

A cet égard, en 1985 avec le soutien des autorités libyennes, l’AJA organisa à Tripoli une Conférence anti-apartheid en collaboration avec l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine. Cette rencontre enregistra la participation des délégations des différents mouvements de libération d’Afrique australe dont l’ANC dirigée par Zola ZIKWEYIYA et la SWAPO. Il y avait également plusieurs éminentes personnalités dont le Secrétaire Général de l’OCI, celui de la Ligue des Etats Arabes, Maitre Abdoulaye WADE, le poète sud-africain Breyten Breytenbachet feu Maitre Mame Bassine NIANG pour ne citer que ceux-là parmi tant d’autres.

C’est dans la continuité de la rencontre de Tripoli que l’AJA facilita le contact entre les Sud-africains libéraux blancs et le Gouvernement du Sénégal du Président Abdou Diouf. C’est ainsi que fut organisée à Dakar en Juillet 1987 la première rencontre entre le Libéraux blancs d’Afrique du Sud dirigé par le  Dr Van Zyl Slabbert ancien Député et les militants noirs de l’ANC sous la conduite de Thabo Mbéki qui sera par la suite le deuxième Président de la République Sud-Africaine post- apartheid. A ces deux éminentes personnalités, il convient d’ajouter Madame Danielle Mitterrand, Présidente de la Fondation « France- Libertés » et le Dr Alex Boraine qui,avec leRévérend Desmond Tutu, dirigera la Commission Justice et réconciliation après la fin de l’apartheid.

Cette rencontre fut préparée dans la plus grande discrétion du fait de la menace multiforme que représentait le régime de l’Afrique du Sud. Elle bénéficia de la collaboration dévouée d’éminentes personnalités autour du Président Diouf comme Ousmane Tanor Dieng,le Pr Iba Der Thiam, Djibo KA et feu Bara Diouf DG du quotidien national « Le Soleil ». J’ai également bénéficie du soutien actif de tous les membres de l’AJA notamment celui du Pr Alberto Antonio Neto, Vice-président de l’AJA et qui était le neveu d’Agostino Neto, premier président de l’Angola

Cette rencontre eut l’écho que l’on sait et fut un moment important dans la marche vers le dénouement de la situation en Afrique du Sud. Quelques années plus tard, avec mon ami Hamidou Sall, nous aurons le bonheur et l’honneur d’une rencontre inoubliable avec Nelson Mandela juste sorti de Prison.

A cette occasion Nelson Mandéla évoqua devant nous la discussion qu’il eut en compagnie d’Oliver Tambo avec Léopold Sédar Senghor premier Président du Sénégal. Aux Sud africains qui étaient venus lui demander de l’aide financière pour continuer la lutte armée menée par leur branche militaire l’Umkhonto we sizwe , le Poéte Président leur fit comprendre qu’il préférait les doter de moyens diplomatiques et politiques de mener leur combat en leur délivrant des passeports diplomatiques et leur permettant d’ouvrir un Bureau de coordination à Dakar.

Le Président Senghor ne manqua pas aussi , selon Mandéla , de les encourager ,d’une manière prémonitoire , à dialoguer avec les libéraux blancs de l’intérieur. Mandéla avait gardé un souvenir impérissable du Président Senghor. En effet , il en parlant tellement , qu’à un moment je me suis demandé s’il s’avait que le Sénégal avait changé de Président .

En vérité , il le savait et établira plus tard des liens très solides avec mon ami le Président Diouf.

Notrerencontre avec Nelson Mandela en 1990 se situe en droite ligne de cette démarche militante et de ces engagements en faveur de la cause du peuple frère d’Afrique du Sud.

Les faits évoqués plus haut peuvent , nous semble-t-il fonder valablement la légitimité de toute action future du Sénégal pour appuyer l’Etat frère d’Afrique du Sud dans la recherche de solutions durables aux problèmes qui assaillent très logiquement son peuple qui a subi pendant des siècles l’une des dominations les plus ignominieuses, les plus dégradantes de la personne humaine.

L’Afrique du Sud a besoin de continuer son dialogue intérieur sous la bienveillante vigilance d’Etats amis comme celui du Sénégal. En effet, l’Afrique du Sud doit résoudre les sérieux problèmes d’inégalités qui la traversent. En effet, les blessures psychologiques et morales refoulées qui minent son Peuple peuvent expliquer la redirection de l’agressivité vers leurs frères noirs originaires des autres pays africains qui les ont tant aidés. Cette agressivité inacceptable et condamnable envers des frères africains si elle n’est pas vite endiguée peut se diriger demain vers la communauté blanche et replonger l’Afrique dans de douloureux problèmes qu’on pouvait croire révolus.

L’Afrique ne peut pas se permettre de voir l’Afrique du Sud sombrer. Le pays arc- en – ciel est pour une certaine période le plus grand espoir de voir un pays africain figurer parmi les pays dits émergents.

Par conséquent , comme une manière de tirer des conclusions de cette commémoration , nous pensons que la Diplomatie sénégalaise doit anticiper dans ses initiatives culturelles et économiques envers ce grand pays frère.

En cela nous saluons la noble et opportune initiative d’organiser le 30ièmeanniversaire de la rencontre de Dakar entre les Libéraux blancs et l’ANC qui a déjà permis la signature d’un accord de jumelage entre Robenn Island et l’île de Gorée, deux sites martyrs, deux lieux porteurs d’une histoire douloureuse mais qui aujourd’hui jettent un pont de fraternité et d’espoir entre nous.

A Gorée comme à Robben , rien a été oublié , mais pour aller de l’avant on a essayé de pardonné en s’inspirant de la collaboration du Dr Alex Boraine et Desmon Tutu qui en dirigeant la ” Commission Justice et réconciliation” ont confirmé la sage parole qui veut que Dieu ne demande pas la mort du pécheur mais sa rédemption.

En manière de conclusion , nous voulons citer l’écrivain Hamidou Sall qui, en évoquant ce que lui avait inspiré la première visite du Président Macky Sall en Namibie, pays qui comme l’Afrique du Sud avait souffert de l’odieuse politique de l’Apartheid et qui comme cette république sœur avait bénéficié du soutien diplomatique et politique du Sénégal depuis le Président Léopold Sédar Senghor, disait :

Le passé est la racine de l’avenir. Puisse le Président Sall, dans la continuité d’une tradition bien sénégalaise, par son action de tous les jours, maintenir haut le flambeau de la lutte pour les libertés, la démocratie et la réconciliation.

Dr Benoit S. NGOM

Adama Gaye, Guy Marius Sagna Sénégal, les prémices de l’évanescence d’une démocratie sans débat ?

Juriste, précisément constitutionnaliste, Benoît Ngom dispose d’une longue expérience dans la médiation et la résolution des crises politiques en Afrique, de Johannesburg à Lomé. Président de l’Académie Diplomatique Africaine, l’intellectuel suit avec une attention particulière les évolutions de l’actualité politique et judiciaire de son pays, le Sénégal. Ci-dessous, sa chronique sur une affaire qui ne laisse personne indiffèrent.

L’AUTONOMIE DU JUGE FACE A LA LIBERTE D’EXPRESSION

Les arrestations de GUY Marius SAGNA et de Adama GAYE posent des questions essentielles liées à l’exercice responsable de la liberté d’opinion et d’expression. En effet, beaucoup de nos concitoyens sont choqués par l’outrecuidance des propos que certains Sénégalais tiennent à l’égard des hautes autorités de l’Etat notamment du Président de la République…

De même, beaucoup de nos compatriotes sont stupéfaits par l’automaticité ressentie des sanctions privatives de liberté décidées par le juge dans certaines affaires. Ainsi, de même qu’on peut se demander si la violence de certains propos est une fatalité dans le débat sénégalais, on ne peut pas ne pas se poser la question de savoir si le Juge sénégalais jouit d’une réelle marge de manœuvre dans l’appréciation de la proportionnalité de la sanction dans les cas concernant l’exercice de la liberté d’opinion et la liberté d’expression.

En clair, pourquoi le Juge sénégalais n’utilise presque jamais dans ces cas des mesures de limitation de liberté telle que le contrôle judiciaire ? Est –il toujours nécessaire de garder des citoyens dans les liens de la prévention afin de faire des enquêtes sur des déclarations orales ou écrites dont la réalité participe parfois du truisme ?

En vérité, il convient de le souligner, aucun Etat ne peut protéger le Président de la République et sa famille contre les attaques désobligeantes en ne comptant que sur la répression pénale.

C’est dans cette perspective qu’il convient d’analyser la situation de Guy Marius SAGNA et d’Adama GAYE, deux militants des grandes causes africaines dont la façon d’agir peut ne pas être partagée par tout le monde mais dont le vécu actif ne peut laisser personne indifférent.

GUY MARIUS SAGNA OU LA CONTESTATION EN BANDOUILLERE

Guy Marius SAGNA est le prototype du militant engagé presque à plein temps pour les causes qu’il estime justes et qui s’arc-boute pour le succès de cette conviction. C’est en considération de cette observation que j’ai du mal à voir dans ses actions ce qui peut être considéré comme une quelconque entorse à l’exercice de la liberté d’expression.

Ce que je sais de Monsieur SAGNA est qu’il prône « France dégage » et l’abandon du franc CFA. Des positions souvent plus romantiques que déstabilisatrices. Quand nous étions plus jeunes dans les grands débats théoriques, on disait des militants comme Guy Marius qu’ils adoptaient des positions de crêtes que certains modérés comme nous autres ne pouvions facilement atteindre.

Ainsi fallait-il toujours bien aménager nos camps de base et attendre qu’ils redescendent des sommets des montagnes idéologiques. Toutefois, dans tous les pays du Monde c’est grâce aux sacrifices personnels et aux rêveries de personne comme Guy Marius que ceux qui étaient au bas de la montagne ont fini par escalader les sommets.

A cet égard, qui peut s’imaginer depuis des années de chasse aux faciès dans certains endroits de France qu’on puisse poursuivre un Français de l’extrême droite par exemple, lui priver de sa liberté, parce qu’il a dit qu’il faut chasser les immigrés de France ? Que Monsieur SAGNA demande, s’il le veut bien, avec ses jeunes amis sénégalais et africains, que la « France dégage », en quoi cela a empêché les sociétés commerciales françaises de s’implanter partout au Sénégal et de donner de plus en plus aux Sénégalais le goût des espaces climatisés et des produits locaux à portée de main !!!

Mais malgré tout, GUY SAGNA, porte-parole d’une dynamique et vaillante jeunesse africaine, a le droit comme cela se fait ailleurs dans le Monde, de poser des questions qui participent de la réalisation de son futur. Une telle attitude ne devrait pas susciter certaines formes d’hystérie totalement inutile contre ces jeunes dont la menace sur l’évolution pacifique du Sénégal nous parait plus imaginaire que réelle.

ADAMA ET LE PIEGE DU SOLILOQUE

Par la presse, nous apprenions avec stupéfaction l’arrestation de Adama GAYE le lundi 29 Juillet dernier. Adama Gaye, est une vieille relation que j’ai toujours connue persévérant et méthodique. A-t-il été imprudent en ne procédant pas à une dernière relecture de la publication incriminée ? Je crois que non si je m’en tiens à certaines informations qui, selon la presse, auraient fuité de son interrogatoire par le juge et qui sembleraient indiquer que sa page Facebook aurait été piratée.

Par ailleurs, il est dit que le texte qui serait reproché à Adama GAYE aurait été écrit il y a plusieurs semaines, mais résidant à Londres, il n’a été accessible qu’en effectuant un voyage à Dakar. A cet égard, Adama GAYE en homme averti, aurait –il pu oublier le contenu de ses écrits en se rendant à Dakar ? Par ailleurs, que serait advenu du délit d’offense au chef de l’Etat si Adama Gaye était resté à Londres ? En effet, l’offense contre le chef de l’Etat n’aurait été connue que des Initiés.

A cet égard, je tiens à témoigner que ADAMA a toujours été un homme motivé par l’engagement pour les grandes causes africaines. Nous nous sommes rencontrés au début des années 80 dans ces espaces favorables à la naissance et au développement de la fraternité virile née de mes actions de Juristes en faveurs de la défense et de la promotion des droits de l’homme en Afrique et lui de ses initiatives de jeune journaliste parcourant le Continent pour interpeler nos dirigeants. Dans cet esprit, il a toujours soutenu les initiatives menées par notre Association de Juristes en faveur de l’avènement de l’Etat de droit à travers notre Continent.

Tout Ceci pour dire, que Adama mérite beaucoup mieux que d’être voué aux gémonies par certains pour faire plaisir souvent à d’autres qui très souvent plus pragmatiques et plus vigilants n’en demandent pas autant.

 LE COUPLE PRESIDENTIEL A L’EPREUVE DES RESEAUX SOCIAUX

Les insultes intempestives et malveillantes dirigées contre le Président Macky Sall voire son couple nous paraissent intimement liées à l’évolution déréglée des cadres de concertation et de dialogue depuis l’avènement des réseaux sociaux.

Dans ces espaces de soliloque, les discussions sont réduites à de simples bavardages souvent partisans. En clair, nous avons aujourd’hui dans le pays des ilots idéologiques qui refusent de communiquer, voire de s’écouter.

 Mais ce mal qui frappe certains « anti » touche certains « Pros » Macky qui, calfeutrés dans leurs certitudes, ne s’imaginent pas devoir se donner les moyens de comprendre le sens et la signification des programmes lancés par leur leader, le Président de la République.

Or, le piège de la violence verbale qui nous empêche d’échanger sur les problèmes fondamentaux est essentiellement lié à cette absence de débat.

Dans cet esprit, nous ne pouvons que saluer plusieurs initiatives du Président de la République qui peuvent être interprétées comme des interpellations de l’élite sénégalaise à la confrontation des idées.

Ainsi, à l’égard de ses partisans, la premier souvenir qui me vient à l’esprit est une digression qu’il fut lors de la présentation de son livre bilan. En effet dans le cadre accueillant d’un hôtel de Dakar légèrement baigné par le souffle fécondant  de l’océan Atlantique, à un moment de son exposé,  entre la  note d’humour sur le dessert des tirailleurs sénégalais, propos mal pris par certains mais qui n’avaient rien d’ironique,  me semble-t-il ,  et une évocation de la contribution à la pensée démocratique de Thierno Souleymane  BAAL, le Président de la République s’est demandé pourquoi ses partisans ne pouvaient pas au moins expliquer ses actions et ses œuvres qui étaient connues de tous.

Par ailleurs, très récemment, comme s’il voulait titiller ses opposants, n’est-ce pas le Président de la République qui a reconnu personnellement qu’en l’espace de 7 ans son gouvernement a dépensé des centaines de milliards de francs pour acheter des voitures et payer des frais de communication.

Dans cet esprit, ne peut-on pas voir dans ces différentes interpellations du Président de la République une façon d’aiguillonner l’élite sénégalaise et de l’inviter à un retour à la réflexion sur la « gouvernance sobre et vertueuse » ?

Les difficultés sociales très ardues vécues par une grande partie de la population devraient inviter d’avantage les dirigeants et cadres du pays à s’exprimer plus explicitement sur le sort quotidien de nos concitoyens. Bon nombre d’entre eux n’ont pas la force de se projeter dans les perspectives paradisiaques dont sont porteurs beaucoup de nos intellectuels.

Tout ce monde, qui au saut du lit se demande de quoi le jour sera fait, est beaucoup plus attiré par les actions pragmatiques de la Première Dame par exemple qui participe de leur survie que par des promesses oniriques dont la tenue n’est nullement garantie. Par conséquent, il est important que l’intelligentsia sénégalaise se colle de plus à l’expression des besoins réels des populations de base.

A cet égard, Je peux dire combien j’ai apprécié que la Première Dame ait compris qu’à travers sa Fondation, la défense et la promotion des droits de l’homme ne sauraient être limitées à la seule question de l’emprisonnement ou la libération de certains citoyens.

Madame Mariéme Faye Sall a compris que les militants des droits de l’homme doivent aussi penser à la détresse de nos concitoyens qui, pauvres ou impotents, dans leurs habitats de fortune, devraient pouvoir bénéficier de certains lieux de solitude comme des toilettes décentes. Elle a compris aussi qu’il fallait avoir plus que de l’empathie pour nos enfants qui étudient sous les abris provisoires et qui pourtant à la fin de l’année désirent participer au « concours général » comme leurs jeunes concitoyens qui résidant dans les zones les plus privilégiées ne rencontrent aucune difficulté particulière pour mener à bien leur scolarité.

Dans cet esprit, je pense qu’au lieu d’être agressée, même par ricochet, Madame Faye Sall devrait être érigée en symbole pour les Femmes et Hommes de bonne volonté qui veulent agir comme elle pour préserver la paix sociale au Sénégal. En ce sens, elle devrait plutôt être sollicitée pour continuer à alimenter d’avantage par ses actions sociales et humanitaires actuelles et futures les débats sur la lutte contre la pauvreté, la malnutrition et pour le renforcement du plateau technique des hôpitaux du Sénégal.

POUR UNE RENAISSANCE DU DEBAT NATIONAL

En vérité, dans une société sénégalaise très castratrice, où les jeunes sont très peu habitués à se former une opinion, certains jeunes, certains mouvements, pourvu qu’ils respectent nos us et coutumes, doivent être encouragés à contribuer à l’expression et à la consolidation de la démocratie sénégalaise. A cet égard, il est important de former les jeunes et les citoyens d’une manière générale à pouvoir s’écouter, à discuter entre eux et éviter les invectives et les attaques personnelles qui, faute de fondement rationnel, ne peuvent contribuer en rien au développement du Sénégal.

Le Pouvoir ne doit pas privilégier la répression sur les duels de l’intelligence. En effet, cela ne peut qu’encourager les adeptes de l’usage de la force à agir à leur guise. Dans un pays comme le Sénégal où l’obscurantisme doublé d’une certaine forme de fatalité a de beaux jours devant lui, il est important que le Président de la République qui veut fonder le développement du pays sur le projet rationnel du PSE agisse avec vigueur pour changer des comportements.

A cet égard, l’affaire récente de la pharmacie Fadilou Mbacké où un Commissaire de police a pensé pouvoir s’arroger le droit d’obliger un Pharmacien à agir contrairement aux textes qui régissent la délivrance des médicaments est une illustration de l’autoritarisme ambiant et du primat de l’égoïsme sur la soumission à la Loi.

Contrairement à ces initiatives d’un autre âge, les groupes de jeunes ou mouvements de la société civile doivent toujours porter en bandoulière l’intérêt général et le bien commun. C’est dans cet esprit, à notre humble avis, que le Mouvement Aar li nu bokk qui peut être une plateforme de renaissance de la société civile sénégalaise doit être de plus en plus convaincue que li nu bokk ne peut être limité au Gaz et au Pétrole.

Dans cet esprit, nos mouvements de la société civile doivent privilégier la recherche et la réflexion sur les questions économiques, en constituant des dossiers bien élaborés, lesquels seront présentés par des connaisseurs devant des aéropages de cadres et intellectuels qui se chargeront aussi de la grande vulgarisation auprès la majorité silencieuse du peuple qui ne demande qu’à savoir et à comprendre avant toute mobilisation de rue.

 Le Sénégal doit renouer avec les grands débats, les confrontations fraternelles et respectueuses des idées sans lesquelles, il n’aura point d’émergence du pays.

A la lumière des considérations qui précédent  et en nous fondant sur les principes généraux du droit, sur la coutume des Nations libres et civilisées avec lesquelles le Sénégal partage la volonté inébranlable de protéger en tout temps et  en tout lieu le respect des principes de la Liberté d’opinion, d’expression et d’aller et de venir, nous lançons  un appel solennel à Monsieur le Président de la République, afin qu’en considération uniquement de son intime conviction, qu’il use  de son influence avec l’Assistance de ses brillants conseillers afin que  Adama GAYE, GUY Marius SAGNA et tous ceux susceptibles d’être concernés puissent recouvrer le plus rapidement possible leur Liberté et participer au futur grand «Débattons  National» qui,  comme tout intellectuel digne de son nom, vous est naturellement  très cher.

Dr Benoit S. NGOM

France-Sénégal : de la méprise au mépris

Dans cet article le Professeur Benoit NGOM, Président Fondateur de l’Académie Diplomatique Africaine(ADA) et Fondateur de l’Association des Juristes Africains (AJA), s’interroge sur la nature de la relation entre la France et le Sénégal en prenant comme prétexte l’octroi des visas. L’auteur commence par fixer le cadre historique de cette amitié qui est la ville de Saint Louis, la première implantation française en Afrique. De cette première capitale du Sénégal partiront sous les ordres du Gouverneur Faidherbe les premiers éléments de l’armée coloniale française dénommés <q>tirailleurs sénégalais</q>. Ce qui fait que les Sénégalais de l’armée dite noire à côté des Français blancs venus de France vont partir à la conquête de l’Afrique après la pacification du Sénégal.

Les Sénégalais qui auront fait toutes les guerres de la France vont être par la suite à l’avant-garde de la promotion et de la défense de la langue française à travers la francophonie. Pour toutes ces raisons l’auteur se demande si l’attitude de la France peut faire fi des devoirs que devraient lui imposer la vérité historique à l’égard du Sénégal et si le Sénégal a le droit de ne pas revendiquer la place qui doit être la sienne au nom du sacrifice de ses ancêtres pour la grandeur de la France.

LE VISA DES LAMENTATIONS

Du 30 septembre au 2 octobre de cette année [2019, NDLR], l’Assemblée Nationale française organise un débat sur l’immigration. La conclusion ira vraisemblablement dans le sens du durcissement des conditions d’accès et de séjour des étrangers notamment de l’octroi des Visas.

La question de la délivrance des visas à destination de la France est un vrai marqueur de la nature des relations entre ce pays et ses anciennes colonies d’Afrique notamment le Sénégal. En effet, bon nombre de Sénégalais, qui depuis leur Président poète Senghor entendait parler de la relation particulière entre leur pays et la France sont toujours frustrés du traitement qui leur est imposé pour pouvoir séjourner en France. Ces sénégalais se sentent davantage diminués en voyant que leurs amis français, exemptés de visa, peuvent de leur côté se rendre au Sénégal quand ils le désirent. Même les personnes les plus respectées dans leur entourage ne sont jamais certaines de pouvoir bénéficier d’un visa pour la France. Ainsi, dans un mouvement de dépit, se sont –ils- demandés à un moment pourquoi il ne fallait pas exiger des français la même chose qu’ils exigent des sénégalais, le visa.

L’exemption de visa en faveur des ressortissants d’un pays exprime naturellement la considération, l’estime et la confiance qu’on a à l’égard de ce pays. En cela la réciprocité dans ce domaine peut montrer le degré d’intégration culturelle, politique et économique qu’il y a entre les pays concernés. Toutefois, l’exemption de visa ne découle pas forcément de l’observation de la règle de réciprocité. Un pays peut unilatéralement proposer à un autre pays d’exempter, pour des raisons souvent économiques, ses ressortissants du visa.

Cependant, nous semble-t-il, dans le cas des relations entre le Sénégal et la France, la non observation de la règle de réciprocité n’est pas le problème fondamental mais plutôt les conditions d’octroi du visa français. La délivrance du visa français, à cet égard, doit-elle continuer à être considérée comme une œuvre de bienfaisance ou être le reflet d’une amitié enracinée dans l’histoire ?

UNE VIEILLE ALLIANCE

La relation entre la France et le Sénégal n’est historiquement comparable à aucune autre en Afrique. En effet, la présence française au Sénégal commence à partir du 17e siècle par l’île Saint-Louis. Ainsi, Saint -Louis est généralement considérée comme la première colonie française d’Afrique.

Une présence humaine et culturelle qui va revêtir progressivement des formes commerciales. En effet, à côté de la coexistence des populations, marquée par les premiers mariages mixtes à la mode du pays, commencèrent à s’installer et à se consolider les embryons des comptoirs commerciaux qui à partir de Saint-Louis vont essaimer en Afrique occidentale.

Ainsi, quand Louis Faidherbe, futur Gouverneur du Sénégal, arrive à Saint-Louis, sa première mission fut de sécuriser les comptoirs commerciaux qui se développaient sur les côtes africaines mais qui avaient besoin d’être protégés contre les attaques venant des pays limitrophes.

Sa mission prit alors une nouvelle dimension : celle de mettre en place une armée d’africains pour appuyer le petit contingent militaire originaire de la métropole. Faidherbe, avant d’élargir sa mobilisation aux anciens esclaves de case, va s’appuyer sur des sénégalais de souche dont certains étaient des français qui cohabitaient avec les Français de la métropole. Cette nouvelle armée dite « noire » va être le socle sur lequel Louis Faidherbe va bâtir en 1857 celle dite des « tirailleurs sénégalais » qui va fonder le nouvel empire colonial français et dont certains participeront à la guerre de 1870.

Dans cet esprit, il n’est pas exagéré de dire que des Sénégalais ont contribué fondamentalement à la création de l’armée coloniale française et ont contribué à la naissance et à l’expansion de l’empire colonial français. Ceux sont ces hommes qui auront pour mission de pacifier d’abord le Sénégal, leur pays d’origine, en obligeant la dissidence locale à partager les valeurs françaises. Ces considérations ne sont que le reflet de la réalité historique en dehors de toute considération morale qui pourrait suggérer une quelconque invitation à la repentance. A cet égard, il convient de citer le Président Abdoulaye Wade qui a ressuscité la mémoire du Tirailleur sénégalais et qui disait :

Il faut assumer l’histoire, quelle qu’elle soit. Il ne faut pas en effacer une partie parce qu’elle dérange. Ceux qui font des critiques trop sévères vis-à-vis des tirailleurs ou des régimes de l’époque et de Blaise Diagne, premier député noir à la chambre des députés, qui est à l’origine de l’engagement massif des tirailleurs dans la première guerre mondiale, sont des gens qui ne sont pas très justes. Certains qualifient Diagne d’agent de l’impérialisme. Je pense qu’ils ont tort. Pour apprécier son apport à l’histoire de l’Afrique, il faut le replacer à son époque, qui était une époque de non-droit. Les Africains n’avaient pas de droits. Ils étaient des sujets français. Et à cette époque, un homme s’est singularisé en prenant la défense des Noirs, c’était Diagne. A l’époque, les Sénégalais étaient contents de voir un Noir au Palais-Bourbon défendre la race noire. Il se battait contre le racisme ».

Ces tirailleurs, d’abord originaires du Sénégal, vont provenir au fil du temps des différents pays africains et être progressivement de toutes les batailles dans les différentes régions de l’Empire colonial. La dénomination de « Tirailleurs sénégalais »va toutefois faire que les sénégalais, dans de nombreux pays qui ont connu l’oppression coloniale, soient considérés pendant longtemps comme des “mercenaires” de la France.

La présence des tirailleurs sénégalais dans tous ces théâtres d’opération militaire est une réalité historique. Cependant, est-il possible d’affirmer sans hésiter qu’ils avaient tous une conscience claire de se battre pour leur patrie ? Toujours est-il que la guerre de 1914 va changer la perception qu’ils avaient de leur engagement dans l’armée française. En effet, quand advint, à la demande de Georges Clémenceau, la nécessité de mobiliser des troupes d’Afrique noire pour soutenir les soldats en métropole, Blaise Diagne, sénégalais et premier Député noir au Palais Bourbon, comprit que la respectabilité future des Noirs dans l’empire colonial français pouvait changer positivement si les africains acceptaient d’aller se battre sur le front au nom de la France mère patrie. Blaise Diagne réussit cette mobilisation à partir du Sénégal. Après la victoire française lors de la 1ere Guerre mondiale une loi dite Blaise Diagne fut votée qui octroyait la nationalité française à l’ensemble des habitants des quatre communes de plein exercice du Sénégal, Dakar, Rufisque, Saint-Louis, Gorée.

Toutefois, en l’espace de moins d’une génération, la 2e Guerre mondiale fut déclarée et les africains se mobilisèrent une deuxième fois en masse mais cette fois-ci principalement pour libérer la patrie occupée. Ainsi, bon nombre d’africains ont payé le prix du sang pour contribuer à la libération de la France. Blaise Diagne, lors de la mobilisation pour la Première Guerre mondiale, avait pour slogan En versant le même sang, vous gagnerez les mêmes droits.

Dans cet esprit l’alliance entre le Sénégal et la France, modestie ou mépris mis à part, est tout aussi digne que celle qui unit les USA et la France. Du côté français, pour illustrer l’amitié entre la France et l’Amérique, il est souvent rappelé le soutien que le Marquis de la Fayette apporta aux indépendantistes, mais aussi la statue de la liberté réalisée par Bartholdi que la France offrit au jeune état américain sans oublier naturellement la marque de Pierre l’Enfant dans la construction de la ville de Washington. Du côté américain, le pacte a été scellé par le sang versé par leurs soldats durant la première et la Deuxième Guerre mondiale.

UNE RELECTURE DE L’HISTOIRE D’UNE ALLIANCE

Malheureusement, dans cette alliance entre la France et le Sénégal, les considérations racistes du siècle passé vont rapidement gripper la dynamique qui devait sceller la fraternité virile entre soldats métropolitains et tirailleurs sénégalais. Le tocsin qui annonçait la nouvelle relation coloniale fut Thiaroye, située dans les Faubourgs de Dakar, dans un camp militaire de la France libérée. C’est ici qu’un matin, des soldats qui revenaient des campagnes d’Europe ont été massacrés parce qu’ils avaient osé réclamer leur dû : leur pension militaire. Ces tirailleurs sénégalais qui revenaient triomphants du front européen furent mitraillés par l’armée qu’ils venaient de servir. Ces faits restèrent longtemps peu connus de la grande masse des sénégalais comme des français. C’est le film de Sembène Ousmane Thiaroye qui remit en mémoire cette douloureuse histoire.

En vérité, Thiaroye devait être compris comme un avertissement qui signifiait que les Tirailleurs sénégalais n’avaient pas de droits à revendiquer, que rien ne leur était dû par la France officielle dont ils pouvaient tout au plus solliciter la magnanimité.

En réalité, la colonisation qui globalement n’a été que la continuation de l’esclavage sous d’autres formes, va se perpétuer avec les indépendances en habillant les apparences. Ainsi, après les indépendances octroyées, le pouvoir colonial réussit à faire comprendre aux anciens sujets que tout ce qui était fait en leur faveur, l’était parce que la puissance coloniale en avait décidé ainsi et non en reconnaissance de ce qu’ils avaient accompli pour la France.

 La volonté idéologique de placer les anciennes colonies dans une position d’assistés s’inspire de l’idéologie coloniale selon laquelle les colonies n’étaient capables de rien faire sans l’aide de la France. Cette perception a sous-tendu toute la politique de la coopération internationale post indépendance fondée sur l’<q>aide</q> que l’imagination populaire a longtemps assimilé au don. A cet égard, faut-il rappeler que quand le pont Faidherbe fut construit, une certaine opinion refusa de croire que ce fût le budget de la colonie du Sénégal qui le finança intégralement et préféra soutenir que le financement avait été pris en charge par la France métropolitaine.

Ceux qui pensent que les anciennes colonies d’Afrique ne peuvent rien apporter à la France sont les mêmes qui sont convaincus que la <q>francophonie</q> n’est qu’une histoire de peuples misérables qui veulent se servir de la langue française pour s’accrocher aux basques de la France. En vérité tout ceci n’est que la conséquence d’une ignorance bien partagée. En effet, en France toute génération confondue, l’histoire coloniale est globalement méconnue. Ainsi, il n’est pas rare de voir des intellectuels ou responsables politiques français tenir des propos que seul le manque de connaissance de certains pans de leur passé peut expliquer. 

Ainsi, récemment, des acteurs politiques français comme Nadine Morano et Jordan Bardella qui, après avoir reproché à Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement français, ses habits peut être par trop bariolés pour eux, ont tenu à insister sur le fait qu’elle était d’origine sénégalaise et qu’elle n’avait acquis la nationalité française que depuis trois ans. Faudrait-il rappeler à ses détracteurs que Sibeth Ndiaye avec les habits qui lui sont reprochés et sa coiffure qu’ils ne sauraient voir a contribué incontestablement à mener le candidat Emmanuel Macron à la victoire en 2017. Par ailleurs, cette dame dont ils évoquent la nationalité sénégalaise vient d’un pays dont bon nombre de ressortissants ont été des français avant les aïeux de certains qui, aujourd’hui, se prétendent français de souche. En effet, faut-il rappeler que les indigènes de l’ile saint- louis et de l’ile de Gorée, au Sénégal, se virent accorder la citoyenneté française par l’Assemblée législative française de la première République en 1792. Ces révolutionnaires français, plus généreux et plus lumineux que certains de leurs concitoyens d’aujourd’hui, ont posé les grands principes qui guident la France éternelle et ont permis à ces sénégalais d’être parmi les premiers citoyens français de l’histoire.

CONNAÎTRE SES INTÉRÊTS ET REVENDIQUER SES DROITS

Au Sénégal, comme dans la plupart des pays qui ont subi de longues périodes de domination, le peuple a beaucoup perdu de ses valeurs ancestrales et a fini par confondre ce qui lui est dû et ce qui lui est octroyé. Cette confusion mentale est au centre de la relation entre les peuples d’Afrique noire et les anciennes puissances coloniales.

A cet égard, seule la connaissance de leur histoire, de leur passé peut aider d’abord l’élite qui gouverne à mieux conduire leur peuple vers des destinations prometteuses et aider les masses à mieux comprendre les discours et orientations de leurs dirigeants. En ce sen c’est un impérieux devoir de promouvoir tout ce qui nous entraîne à croire en nous et à penser par nous-mêmes et pour nous-mêmes comme nous y invitait le Président Léopold Sédar Senghor.

C’est pourquoi, il convient de saluer la noble et opportune initiative prise par le Professeur Iba Der Thiam d’écrire l’histoire générale du Sénégal en 25 volumes et la décision éclairée du Président Macky Sall d’en assurer la réalisation. La prise en compte de cette histoire, nous semble-t-il, facilitera le réarmement intellectuel et moral du citoyen sénégalais.

Dans l’histoire contemporaine du Sénégal la relation avec la France occupe une place particulière. Mais les fondements de cette alliance voire de cette amitié ont souvent été refoulés, du côté de la France comme du Sénégal, dans les abîmes manichéennes de la période coloniale qui n’aura retenu que la relation entre dominateur France et dominé Sénégal.

Cependant, quand une relation ne peut pas cesser, il convient de l’entretenir avec courage et lucidité. Ainsi, dans sa relation avec la France, nous pensons qu’il est temps que le Sénégal mette en évidence les fondements de l’alliance entre les deux pays comme les tirailleurs sénégalais, la contribution à la naissance de l’Empire colonial, la contribution à la libération de la France sous la domination nazie et enfin, son rôle dans la consolidation de la position diplomatique de la France dans les relations internationales contemporaines. En effet, le Sénégal a joué un rôle remarquable pour consolider le bloc francophone africain autour de la France. Dans le même ordre d’idée, le Président Abdou Diouf a apporté une contribution inestimable au monde francophone en faisant de l’organisation de la coopération francophone une Organisation internationale dont la voix compte de plus en plus sur certains problèmes internationaux.

Pour toutes ces raisons, la diplomatie sénégalaise ne devrait plus se contenter des relations de condescendance avec son homologue française notamment dans la délivrance des visas français aux sénégalais. En effet, le Visa exprime d’une manière forte la nature des relations entre deux pays.

C’est pourquoi, dans l’affaire des visas français, en réalité, le problème de fonds est moins le nombre visas accordés chaque année que le fait d’avoir introduit dans cette affaire une dimension d’aléas qui ne devrait pas avoir sa raison d’être. Ce n’est pas une question comptable mais psychologique. En effet, le Sénégalais qui a rempli toutes les conditions requises et qui demande un visa n’a pas la certitude de l’avoir.

Ainsi a-t-on pu s’inquiéter de savoir si des parents sénégalais d’enfants français vivant en France, des Professeurs d’université internationalement connus, parfois d’éminentes personnalités du pays allaient recevoir leur visa qu’ils ont demandé. Le comble est que ces inquiétudes se trouvent très souvent fondées quand ces personnes se heurtent à un refus de délivrance de visa sans explication.

A cet égard, Il est possible de citer le refus de visa à une éminente personnalité intellectuelle africaine qui avait tellement irrité un des anciens Présidents du Sénégal qu’il décida de lui octroyer un passeport diplomatique qui l’exemptait du visa français. Mais, il faut en convenir, un tel geste quoique noble  ne règle pas le  problème mais ne fait que  contourner la difficulté d’une façon ponctuelle. En effet, le gouvernement du Sénégal doit veiller à tout mettre en œuvre pour garantir la liberté de circulation à tous ses citoyens qui en ont la possibilité et éviter de les laisser à la   merci de la libre appréciation voire l’arbitraire des fonctionnaires des consulats de France.

REDYNAMISER UNE COOPÉRATION SANS COMPLEXE

Le jeune Président français Emmanuel Macron, après avoir admis la nécessité de rendre aux africains les objets d’art qui leur avait été confisqué du fait de l’ordre colonial, a lancé un appel lors du 70 e anniversaire du débarquement en Provence aux Maires de France pour que des places et des monuments rappellent le souvenir de la contribution des africains à la libération de la France sous l’occupation nazie. Ceci devait se faire, selon lui, en considération du pacte scellé dans le sang par les combattants français et africains.

A cet égard, l’Afrique doit assumer ses responsabilités historiques. Nous pensons qu’il appartient aussi aux africains de prendre des initiatives qui honorent leurs morts, qui donnent à leur jeunesse le sens et la signification de l’engagement et de la mort de leurs ancêtres qui ont combattu à côté de la France dans les différentes guerres qu’elle a menées. Les africains doivent avoir le courage de prendre en charge leur destin. Il est temps que leurs responsables s’assument pleinement et cessent de se défausser sur l’ancienne puissance coloniale. Qui a empêché aux africains d’honorer leurs ancêtres morts en France pendant les deux guerres mondiales ? Pourquoi, à notre connaissance, aucun monument digne du sacrifice consenti par ces ancêtres tirailleurs sénégalais n’a été bâti dans un pays africain depuis l’accession de nos pays à la souveraineté nationale ? Ainsi l’appel du Président Macron doit avoir comme pendant les initiatives que le Sénégal est en devoir de prendre pour commémorer la mémoire des Tirailleurs sénégalais partis mourir à l’étranger en édifiant au Sénégal un monument pouvant s’inspirer du Vietnam Memorial Veteran qui, à Washington, honore les combattants Blancs, Jaunes et Noirs de l’armée américaine morts au Vietnam.

Le Sénégal doit assumer la spécificité de sa relation historique avec la France et par conséquent son rôle dans l’histoire de l’empire colonial français en poussant sa diplomatie à faire plus de place au souvenir comme fondement de certaines de ses initiatives. Ainsi, la statue de Demba et Dupont, devant la gare d’où partiront les TER fleuron de la haute technologie française au service des citoyens sénégalais, est un symbole de ce que cette amitié peut donner. Cette statue magnifie la fraternité virile entre deux anciens combattants européens et africains dans une parfaite égalité d’apparence.

Dans cet esprit, le Président Macky Sall doit conduire le Sénégal à assumer sa responsabilité historique par rapport à nos autres frères d’Afrique afin que le pays berceau des Tirailleurs sénégalais soit à l’avant-garde de la promotion et la sauvegarde de notre mémoire historique.

Pr. Benoit NGOM

Références

  • Abdoulaye WADE : Assumer l’histoire, quelle qu’elle soit, Interview le Monde hors-série Novembre 2018
  • Iba Der THIAM : Coordonnateur du Comité de rédaction de l’Histoire Générale du Sénégal, HGS Editions

Sabre supposé de El Hadj Oumar TALL

Le Pr Abdoulaye Sokhna DIOP, archéologue et muséologue, s’invite au débat sur le sabre supposé de El Hadj Oumar Foutiyou TALL. Il précise que ce dernier n’avait jamais eu d’arme entre ses mains.

En arrivant à Ségou, El Hadj Oumar avait déjà parcouru la vallée du fleuve Sénégal jusqu’aux rives du Niger. Il a combattu et soumis des peuples à l’Islam. Il est prouvé que ses soldats étaient armés, mais lui, n’avait pas d’arme entre ses mains. Il n’en a à jamais eu. Tout porte à croire qu’en arrivant à Ségou, pour mettre fin au règne de Ali Diarra, le roi bambara de Ségou, il n’avait pas de sabre. D’ailleurs, lorsqu’il a fallu exécuter Ali, c’est un de ses soldats qui a fait le travail.

Journal L’Obs

AJA communique sur l’anniversaire du massacre de Thiaroye de Décembre 1944

L’Association des Juristes Africains (AJA) saisit l’occasion de la commémoration du 75e anniversaire du massacre de  Thiaroye en date du 1er Décembre 1944 pour saluer et honorer la mémoire de ces valeureux tirailleurs sénégalais qui après avoir participé à la mobilisation mondiale contre les forces nazies et leurs alliés ont été exécutés par l’armée dans laquelle ils avaient combattu.

L’AJA pense que c’est le moment de glorifier les noms de ces soldats qui grâce à leur courage ont contribué vaillamment à la défaite des forces d’oppression nazie, à la libération de la France et à la sauvegarde des principes de Liberté et de Justice dans le monde.

L’AJA demande au Gouvernement français de tout mettre en œuvre pour contribuer à la clarification définitive de cette douloureuse page de l’histoire coloniale en restituant l’ensemble des documents relatifs à cette affaire. Il s’agit précisément des différentes archives ayant trait à cet évènement et permettant de situer d’une part les positions des parties et conséquemment les responsabilités en découlant.  On peut relever à ce titre par ailleurs le témoignage de Georges Ennouchi, à l’époque jeune médecin à l’hôpital principal de Dakar qui a raconté à plusieurs reprises à son fils qu’il avait vu les militaires français achever les blessés dans son hôpital. C’est le 15 août 2019 que son fils a témoigné de ce fait auprès de l’historienne Armelle Mabon :

 Dans et esprit l’AJA a commis un avocat au barreau de Paris de défendre le dossier de Monsieur Senghor dont le père et le grand père sont morts dans l’armée française lors de la première et la deuxième guerre mondiale et qui aujourd’hui veut l’exhumation des corps et leur autopsie pour en connaitre les causes de la mort pour faire son deuil…

A cet égard, l’AJA salue le Président français Emmanuel Macron, qui après avoir admis la nécessité de rendre aux africains les objets d’art qui leur avait été confisqués du fait de l’ordre colonial, a lancé un appel lors du 70 e anniversaire du débarquement en Provence aux Maires de France pour que des places et des monuments rappellent le souvenir de la contribution des africains à la libération de la France sous l’occupation nazie. Ceci devait se faire, selon lui, en considération du pacte scellé dans le sang par les combattants français et africains.

L’AJA demande aux Etats africains d’où ont été originaires les tirailleurs sénégalais de prendre des initiatives qui honorent leurs morts, qui donnent à leur jeunesse le sens et la signification de l’engagement et de la mort de leurs ancêtres qui ont combattu à côté de la France dans les différentes guerres qu’elle a menées.

L’AJA lance un appel au Président Macky SALL de mettre tout en œuvre afin que le Sénégal, berceau historique des tirailleurs sénégalais, soit à l’avant-garde de la promotion et de la sauvegarde de notre patrimoine historique en construisant un monument qui glorifie le rôle des Tirailleurs sénégalais à travers les âges.

L’AJA est une ONG basée à Dakar et dont la vocation est de mobiliser les juristes pour la défense et la promotion des droits de l’homme et pour l’avènement de l’Etat de droit en Afrique.

Dakar le 30 Novembre 2019

Le Secrétariat International
Maitre Marie BOUARE Porte-parole AJA

Procès Karim WADE : l’égalité devant la loi à l’épreuve de la Vox Populi

Livre blanc sur le délit d’enrichissement illicite

L’Association Juristes Africains, sous l’autorité de son Président Exécutif, M.Ogo SECK, Professeur de Droit et Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint Louis du Sénégal, vient de publier un Livre Blanc sur le délit d’enrichissement illicite, le cas Karim Wade et consorts.(1)

La lecture du livre blanc consacré au délit d’enrichissement illicite montre bien le souci des rédacteurs d’être le plus objectif possible en faisant parler les Juges et les Avocats. Les auteurs ont pris aussi le soin d’indiquer des axes de réflexion pouvant permettre d’allier les exigences de la Bonne Gouvernance bien comprise et celles d’une justice moderne fondée sur des règles de droit inspirées des valeurs fondamentales de la culture sénégalaise.

Le cas Karim Wade a fait d’autant plus de bruits que la Société sénégalaise a craint d’être en porte à faux avec ses croyances et son attachement viscéral à la justice et à l’équité.

En vérité, les sénégalais ne souhaitent pas que le lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics, sources d’enrichissement illicite, soit à l’origine d’arrestation ou de détention arbitraire.

La loi stipule que le délit d’enrichissement illicite est constitué lorsque la personne désignée « se trouve dans l’impossibilité de justifier de l’origine licite des ressources qui lui permettent d’être en possession d’un patrimoine ou de mener un train de vie sans rapport avec ses revenus ». C’est en application de cette loi que s’ouvrait le Jeudi 31 Juillet 2014 le procès de Karim Wade et compagnie.

Dans ce procès dont la personne emblématique est Karim Wade à qui il a été reproché de détenir des ressources que les revenus tirés des fonctions qu’il a exercées en qualité d’agent de l’Etat ne pouvaient justifier, d’être propriétaire de biens immobiliers notamment de maisons, terrains ou immeubles à Dakar et Paris, et d’avoir un train de vie au-dessus de ses moyens raisonnablement estimés.

La loi stipule que le délit d’enrichissement illicite est constitué lorsque la personne désignée

« se trouve dans l’impossibilité de justifier de l’origine licite des ressources qui lui permettent d’être en possession d’un patrimoine ou de mener un train de vie sans rapport avec ses revenus ».

C’est en application de cette loi que s’ouvrait le Jeudi 31 Juillet 2014 le procès de Karim Wade et compagnie.

L’accusation est fondée sur le fait que l’accusé n’a pas pu démontrer qu’il détenait avant l’an 2000 des ressources financières pouvant expliquer les faits et gestes qui lui sont reprochés. En ce qui concerne les biens immobiliers sur lesquels Karim Wade n’admet point détenir des droits, l’arrêt de renvoi précise qu’il est reproché à lui et à ses coaccusés, non de détenir des droits réels sur des immeubles, mais d’être les actionnaires ou les bénéficiaires économiques de sociétés qui elles –mêmes détiennent des droits réels immobiliers.

Sur ce point, il convient de souligner que le tribunal a essayé de faire preuve de discernement dans la qualification des faits litigieux. En effet, chaque fois qu’il a eu la preuve fournie par Karim Wade de l’origine licite de ses biens ou de l’absence de lien certain entre les biens supposés lui appartenir et sa personne, la CREI a préféré les soustraire du lot contesté.

Ainsi, le tribunal a décidé par exemple, de ne pas tenir compte d’un terrain qu’il a obtenu après délibération d’une collectivité locale ou celui obtenu grâce à un don d’un Chef religieux ou enfin a écarté faute de preuve tangible les sommes relatives au compte de Singapour. C’est ainsi que le patrimoine litigieux de Karim Wade va finalement passer, selon la Commission d’instruction de la Cour, de 700 milliards à 117 milliards de FCFA.

La CREI, en conclusion d’une audience qui aura duré plusieurs mois, allait finalement rendre sa décision le Lundi 23 Mars 2015 en condamnant Karim Wade à 6 ans de prison ferme assortie d’une amende de 130 milliards FCFA pour enrichissement illicite.

La CREI a rendu une décision solidement argumentée et qui peut permettre à sa lecture, à tout honnête citoyen de se faire une idée du dossier de l’enrichissement illicite qu’elle était appelée à juger.
La lecture de la décision de la CREI nous semble montrer sans aucun doute la volonté de l’accusé et de ses co-inculpés de profiter de la position administrative et politique jadis occupée par Monsieur Karim Wade pour créer dans leurs propres intérêts des moyens susceptibles de fonder leur enrichissement.

C’est ainsi que le patrimoine litigieux de Karim Wade va finalement passer, selon la Commission d’instruction de la Cour, de 700 milliards à 117 milliards de FCFA.

En effet, la constitution des sociétés écrans dont la création a été suscitée et organisée par le donneur d’ordre Monsieur Karim Wade, faits confirmés par le Notaire en charge des dossiers, le refus du donneur d’ordre d’accepter l’existence d’un quelconque lien entre lui et ses entreprises, dont il n’a pas été prouvé, par ailleurs qu’il est actionnaire, montrent une réelle volonté de dissimulation.
Il nous semble évident à la lumière de la décision de la CREI que la connivence au moins entre certains des accusés est établie et que l’objectif de s’enrichir ensemble parait ne souffrir d’aucun doute.

Cependant la difficulté de la CREI d’établir un lien causal direct entre le supposé enrichissement «illicite» et les instruments, ou moyens juridiques mis en place par l’accusé pose de sérieux problème. En effet l’existence de Sociétés dans lesquelles Karim Wade serait actionnaire sinon bénéficiaire économique ne prouve en rien que le délit d’enrichissement illicite a été réellement constitué dès l’instant qu’il n’a pas été possible d’établir un lien entre ces sociétés et l’accumulation de richesse qui aurait pu être à l’origine de l’achat des biens incriminés.
Dans la même perspective, il nous semble légalement difficile de faire rentrer les dons reçus par Karim Wade dans la période 2000-2002 , alors qu’il n’était pas encore agent de l’Etat,  dans le domaine d’application de la loi sur l’enrichissement illicite.

A cet égard, Monsieur Karim Wade à qui l’Administration aurait délivré un quitus sur l’ensemble de sa gestion en qualité d’agent de l’Etat, pouvait de bonne ou de mauvaise foi arguer pour se défendre d’avoir bénéficié des pratiques de l’ancien Président du Sénégal, son père Abdoulaye Wade, connu pour avoir fait des libéralités les plus généreuses à son entourage.

En effet, même si la CREI conformément à la loi ne peut pas recevoir cet argument de Karim Wade, force est de constater que pour le commun des mortels sénégalais les donations constituent une des pratiques sociales les plus ordinaires.
Ainsi, quand le juge refuse de considérer les libéralités comme pouvant fonder un patrimoine licite, sa décision peut être en totale contradiction avec les attitudes et comportement de citoyens vivant dans une société sénégalaise fondée sur des relations globalement informelles et particulièrement sensibles aux apparences.

Cependant la difficulté de la CREI d’établir un lien causal direct entre le supposé enrichissement «illicite» et les instruments, ou moyens juridiques mis en place par l’accusé pose de sérieux problème. En effet l’existence de Sociétés dans lesquelles Karim Wade serait actionnaire sinon bénéficiaire économique ne prouve en rien que le délit d’enrichissement illicite a été réellement constitué dès l’instant qu’il n’a pas été possible d’établir un lien entre ces sociétés et l’accumulation de richesse qui aurait pu être à l’origine de l’achat des biens incriminés.

Cependant c’est le même Peuple sénégalais qui, conscient de ses forces et faiblesses, a décidé de manifester lors de l’élection présidentielle de l’an 2000 son profond désir d’être gouverné autrement.
L’Etat sénégalais dans ce contexte , marqué par la nécessité de la bonne gouvernance et son corollaire , la reddition des comptes ne pouvait pas ne pas tenir compte de ce que plus d’un observateur a qualifié de «demande sociale» qu’il convenait de satisfaire sans délai. En effet, le corps social exigeait la sanction de certains représentants de l’ancien régime renversé par un imposant mouvement populaire lors de l’élection présidentielle de Mars 2012.
Dès lors les critiques contre la CREI tirées du renversement de la charge de la preuve nous semble avoir peu de pertinence dans un Monde où la présomption de culpabilité est la règle au moins depuis les attentats du 11 Septembre 2001. La portée des contestations relatives à l’absence d’un double degré de juridiction devant garantir la possibilité d’appel a été relativisée d’une certaine façon par la saisine de la Cour Suprême par Karim Wade et ses coaccusés et par la décision rendue par cette haute instance judiciaire dans cette affaire.
Dans sa décision de 33 pages rendue en audience publique en date du Jeudi 20 Aout 2015, après avoir déclaré recevables les pourvois de Karim Wade et consorts et joint les différentes procédures sans avoir constaté au préalable que «l’ensemble des moyens de cassation contenus dans les requêtes tendent à l’annulation des deux arrêts attaqués de la CREI», la Haute Juridiction a rejeté les différentes demandes introduites par les prévenus. Dans ce commentaire, il ne saurait s’agir de revenir sur l’argumentation purement technique de la Cour, mais seulement de chercher à éclairer les fondements intellectuels du raisonnement des Juges.
Les auteurs de l’ouvrage comme beaucoup d’observateurs avertis se sont demandés à bon droit pourquoi la Cour Suprême a décidé de ne pas dissocier les périodes de commission des faits d’enrichissement illicite reprochés à Karim Wade notamment celle de 2000 à 2002 alors qu’il n’était pas agent de l’Etat et celle de 2002-2012 quand il occupait les fonctions officielles.  Les juges de la Haute juridiction ont pu penser, à cet égard, que selon leur intime conviction les faits et gestes reprochés à Monsieur Karim Wade étaient intimement liés à son statut de fils du Chef de l’Etat. Par conséquent la non dissociation des périodes ne pouvait avoir aucune incidence sur la solution à donner  au litige. Dès lors, la Cour a pu estimer pouvoir se contenter d’affirmer que la différence de date notée n’était pas «causale».

Dès lors les critiques contre la CREI tirées du renversement de la charge de la preuve nous semble avoir peu de pertinence dans un Monde où la présomption de culpabilité est la règle au moins depuis les attentats du 11 Septembre 2001. La portée des contestations relatives à l’absence d’un double degré de juridiction devant garantir la possibilité d’appel a été relativisée d’une certaine façon par la saisine de la Cour Suprême par Karim Wade et ses coaccusés et par la décision rendue par cette haute instance judiciaire dans cette affaire.

 
Cette conclusion un peu abrupte sans explication peut naturellement semer le doute sur l’objectivité de la décision rendue, mais elle s’explique par le fait que le juge sénégalais n’est pas obligé d’exposer publiquement le raisonnement qui a motivé sa décision.
En effet, au Sénégal les juges n’ont pas la possibilité d’expliquer publiquement et de justifier leurs arrêts à la différence des USA ou la Cour Suprême après chaque décision publie un texte sous forme d’avis qui permet à l’opinion publique d’être édifiée sur la démarche des Juges. Cette pratique qui garantit la transparence et l’objectivité des décisions aurait pu permettre à la plus Haute Instance Judiciaire de mieux éclairer l’opinion et atténuer le pouvoir discrétionnaire des juges.
Toutefois, il convient de le souligner que, le rôle de la Cour Suprême du Sénégal, saisie de divers recours par Karim Wade et ses coaccusés, se limitait essentiellement à dire le Droit tout en faisant ressortir l’Esprit de la Loi. Ainsi dans son rôle d’interprète de la Loi, la Haute Juridiction, à l’instar de la Cour Suprême des USA, construit sa politique judiciaire en tenant compte de l’évolution de la société sénégalaise, marquée selon les périodes par une demande sociale dominante. Dans cet esprit, l’avènement de la deuxième alternance a été marqué par l’exigence forte de la Bonne Gouvernance qui ne se réduit pas à la reddition des comptes mais comporte une seconde branche qu’est la «gestion sobre et vertueuse».
Ainsi, en accédant au pouvoir,  Monsieur Macky Sall, Président de la République du Sénégal,  a décidé de se conformer à cette attente populaire en érigeant la « Gouvernance sobre et vertueuse » en mode de Gouvernement. A la lumière de ces considérations, il parait évident que la Cour Suprême gardienne des libertés donc de l’ordre public se devait d’interpréter la loi en tenant compte de l’adage Vox Populi Vox Dei.
Dans cette affaire Karim Wade et compagnie, la justice s’est efforcée de faire son travail en se fondant sur les tendances lourdes de l’opinion générale et surtout sur la loi et les règlements en vigueur pour qualifier et juger les faits qui lui ont été soumis par les Institutions chargées de l’enquête.
C’est pourquoi dans la perspective de la réforme de la CREI dont les pourfendeurs n’ont démontré ni l’illégalité ni l’inutilité, il conviendra d’adapter le droit aux us et coutumes du Sénégal. L’Etat doit veiller à mettre en œuvre la volonté souveraine du peuple avec rigueur et sans fermeté excessive tout en veillant à trouver un équilibre constant entre les exigences de la Justice et celles de l’Ordre public. Dans cet esprit, il faudra adapter la CREI aux exigences de la bonne administration d’une justice moderne tout en rassurant le corps social sur la détermination de l’ETAT à mener jusqu’au bout la lutte contre l’enrichissement illicite gage d’un développement et d’une paix sociale durables.

Pr Benoit NGOM
Président d’honneur de l’Association des Juristes Africains (AJA)
Auteur de « La Cour Suprême du Sénégal, arbitrage d’une démocratie en Afrique « éd. Présence Africaine .Paris 1989
1-Le délit d’enrichissement illicite : Livre blanc, publié par l’Association des Juristes Africains, éditions Librairies Juridiques Africaines ( E.L.J.A) Dakar, 2015.

Liberté pour Khalifa SALL

La question qui taraude les esprits après l’élection du Maire de Dakar comme Député à l’Assemblée Nationale est de savoir s’il doit et s’il peut être maintenu dans les liens de la prévention et éventuellement être condamné lors de son procès. Conformément à la loi , le Maire de Dakar inculpé de détournement de deniers publics peut recouvrer sa liberté s’il dépose une caution , s’il rembourse le montant de la somme litigieuse ou si le juge , dans son intime conviction , estime qu’il existe une contestation sérieuse de l’accusation.

Si le Maire de Dakar accepte de déposer une caution , il recouvrira une liberté provisoire dont la durée dépendra du bon vouloir du juge . En effet, dés que la justice l’estimera convenable , elle pourra fixer la date du procès et demander à l’Assemblée Nationale de lever son immunité parlementaire .Une situation qui ne manque de soulever quelques interrogations. Khalifa Sall pourra-t-l alors refuser qu’on lève son immunité pour lui permettre de laver son honneur? L’Assemblée Nationale , à la demande du Juge, refusera -t- elle de lever son immunité afin qu’il puisse continuer son travail jusqu’à la fin de la législature ?

Jusqu’à présent, le Maire de Dakar n’a pas déposé de caution et le juge ne lui a pas encore accordé une liberté provisoire. Par conséquent, maintenant qu’il est député et toujours maintenu en détention préventive, sa libération ne devrait pouvoir dépendre que d’une décision favorable de L’Assemblée Nationale.

Notre propos n’est pas de nous prononcer sur la culpabilité ou non du Maire Dakar que la Juridiction compétente pourra le moment venu apprécier. Il s’agit pour nous de réfléchir sur les conséquences que peuvent avoir son élection à la députation sur sa détention préventive.

A cet égard, il nous faut rappeler que Khalifa Sall est élu alors qu’il est toujours en détention présentative et bénéficie de ses droits civiques parce qu’il n’a pas été condamné .La Cour Constitutionnelle , en validant les dernières élections législatives de Juillet fait du Maire de Dakar un député parmi les députés qui doit jouir de toutes les immunités que la Constitution garantit aux membres de l’Assemblée Nationale.

A titre d’exemple , les Parlementaires en France peuvent être mis en examen, mais ils ne peuvent pas être détenus même de manière provisoire , gardé à vue ou subir un contrôle judicaire sans l’autorisation du Bureau de l’Assemblée Nationale .

Dans cet esprit , la Constitution du Sénégal consacre aussi ce principe de l’inviolabilité qui est l’immunité extraparlementaire qui protège le citoyen qui après avoir été élu doit exercer la fonction parlementaire .Cette immunité est relative aux actions pénales commises durant l’exercice de sa fonction ou qui peuvent être antérieures à sa fonction mais sans rapport avec elle .

Par conséquent , il appartient désormais à l’Assemblée Nationale de décider du Sort de Khalifa Sall qui peut et doit évoquer son immunité pour être libéré de la détention préventive . Ces collègues , dans cette perspective , devraient avoir la liberté d’agir selon leur intime conviction . Si l’Assemblée Nationale requiert la libération de Khalifa Sall , elle ne saurait être accusée de promouvoir l’impunité dés lors que sa décision n’aura point pour finalité de mettre fin aux procédures judiciaires engagées contre lui.

En effet ‘attitude des nouveaux députés devrait être dictée par deux considérations principales D’abord, ils doivent avoir à l’esprit que l’immunité est une prérogative qui leur est accordée pour exercer leur mission en toute indépendance par rapport aux autres Pouvoirs de l’Etat ou autres forces d’influence Ensuite que l’inviolabilité qui les protège contre toute limitation physique de leurs activités en considération de faits commis avant leur élection est une façon d’éviter que rien ne puisse entraver la volonté du Peuple souverain qui par des élections a élu ses Représentants à l’Assemblée Nationale.

C’est pourquoi l’Assemblée Nationale dés l’ouverture de sa première session devrait requérir l’élargissement du Député Maire de Dakar. En agissant de la sorte les nouveaux députés montreront  une volonté d’indépendance plus conforme aux vœux de la majorité du Corps social qui rêve d’une législature en rupture avec les pratiques très critiquées de l’Assemblée sortante .

En ce sens , le Peuple pourrait mal comprendre qu’une majorité de Députés refuse à un de leurs collègues de pouvoir bénéficier de l’immunité due à l’exercice de sa fonction alors que sans avoir été jugé et reconnu coupable , il est maintenu dans les liens de la détention préventive depuis 5 mois et que son élection ne saurait empêcher à la procédure judiciaire de reprendre dés la fin de son mandat.

Dans le pays qui nous appris la Démocratie moderne , la France, il est de coutume que le citoyen qui après une élection bénéficie de l’immunité ne puisse plus subir des poursuites judicaires jusqu’à la fin de son mandat électif.

De ce point de vue , on peut citer l’exemple du Président Chirac qui a été jugé et condamné pour les emplois fictifs de la ville de Paris après son mandat présidentiel alors que les faits incriminés s’étaient déroulés quand il était en fonction.

Dans la nouvelle législature en France certains anciens Ministres devenus députés même s’ils devaient prochainement être mis en examen bénéficieront de l’immunité parlementaire qui les mettra à l’abri de toute action privative de leur liberté jusqu’à la fin de leur mandat .

Le Sénégal qui est une démocratie confirmée d’inspiration française ne devrait pas se détourner des us et coutumes politiques qui ont , à bien des égards , fait leur preuve en France, l’une des plus vielles et des plus respectées démocraties au Monde.

Pr Benoit NGOM
Président Fondateur de l’AJA