MUGABE ou la souveraineté de l’Afrique

Pour certains observateurs l’élection du Président MUGABE à la présidence de l’Union Africaine est un mauvais signal à la communauté internationale alors que d’autres, en souriant,  ont pu y voir   le sens de l’humour des africains voire leur propension l’autodérision .En vérité, l’Afrique qui se noie dans un marigot de problèmes avait elle besoin d’élire à la tète de l’organisation continentale un homme aussi controversé que le Président du Zimbabwe.

En effet, pour les Occidentaux  Robert Mugabe est selon eux est un dictateur qui ne respecte pas les principes républicains et démocratiques pour son peuple qu’il gouvernerait d’une main de fer en refusant toute possibilité à l’opposition d’exercer ses droits.

Par contre pour de nombreux Africains, Robert Mugabe est un patriote voire un nationaliste panafricain .Pour ceux là  le Continent a besoin de leaders indépendants et souverains qui vivent pour la défense des  intérêts de leur peuple. Pour eux la MUGABE est un héros qui survécu à la répression coloniale pour guider les peuples africains vers de nouveaux horizons.

Mais en réalité peut-être que la vérité se trouve entre ses positions extrêmes et légitimes. En vérité nulle n’ignore que MUGABE est le fruit de la colonisation raciste qui a sévi en Afrique australe qui a produit aussi  les leaders politiques de l’Afrique du Sud. Ces leaders ont la caractéristique de posséder des personnalités campées résistantes et résilientes. Le Président du Zimbabwe a connu la pire répression coloniale en compagnie de son peuple, il en a gardé des séquelles et des souvenirs douloureux que l’accession à l’indépendance n’a pas pu effacer.

Toutefois, les premières années de l’indépendance, acquise en 1980, se déroulèrent globalement comme ils se sont déroulés dans les autres pays africains. A cet égard, j ’ai personnellement, en ma qualité de Président de l’Association des Juristes Africains (AJA) visité le Zimbabwe en 1985 pour la première fois et j’y suis retourné dans le cadre d’une réunion de l’Interafricaine socialiste en 1991.Lors d’un voyage en avion,  à l’intérieur du pays , le Président MUGABE me fit l’honneur de m’inviter dans  sa cabine .Nous parlâmes longtemps du voyage que je venais d’effectuer en Afrique du Sud toujours sous le joug de l’Apartheid et de ma rencontre avec Mandela au lendemain de sa libération mais aussi des discussions que j’avais eu avec certains milieux blancs qui avaient contribué à l’évolution de la vie politique en Afrique du Sud.

Le Président MUGABE ne m’exprima aucun ressentiment particulier à l’égard de la Communauté blanche et j’ai compris qu’il souhaitait évoluer tranquillement dans la modernisation politique et économique de son pays. Son rapprochement avec l’Interafricaine socialiste et le désir de son pays avoir de bonnes relations avec le Sénégal semblaient participer de cette logique. J’avais, à cette occasion exprimé au Président MUGABE  toute ma sympathie pour la façon dont il conduisait la jeune indépendance de son pays .Une accession à l’indépendance qui apporta beaucoup d’espoir et de dignité à la jeunesse africaine et à la diaspora comme l’atteste la chanson du musicien Jamaïcain Bob MARLEY qu’il destina au Zimbabwe. Le Président MUGABE fit part de cette conversation au Président Abdou Diouf qui m’en parla dans son avion lors  de notre  voyage de retour vers Dakar.

C’est pourquoi, il nous a semblé  utile d’essayer de voir en creux qu’est –ce qui progressivement a fait dévier le régime vers un certain radicalisme que nous lui connaissons actuellement.

A cet égard, nous pensons que la gestion de la question foncière a fait basculé le régime de Mugabe. En effet, l’inégale répartition des terres constitue  un lourd héritage historique lié à la ségrégation raciale et la colonisation. Faut-il rappeler qu’à la veille de l’indépendance en 1980, 5 000 propriétaires blancs détenaient la moitié des terres arables, soit 15 millions d’hectares. Les accords de Lancaster house prévoyait la protection des fermiers blancs sur une période de 10 ans en leur garantissant une indemnité juste et équitable au cas ou l’Etat voudrait les exproprier.

A l’expiration des accords de Lancaster House, le gouvernement remet à l’ordre du jour la réforme agraire et édicte en 1992 le Land acquisition Act, permettant à l’Etat d’acquérir des terres tout en indemnisant les propriétaires. Cette politique va continuer en se radicalisant.

La population du Zimbabwe avait –elle commencé à percevoir les dangers de la politique agricole de son Gouvernement. Toujours est-il que contre toute attente elle va rejeter la réforme constitutionnelle proposée par le référendum de Février 2000 qui devait aboutir à l’adoption d’une nouvelle Constitution permettant au Gouvernement d’exproprier les terres des fermiers blancs sans compensation.

Le résultat fut un choc pour Mugabe qui eut du mal à accepter le rejet d’une réforme qui lui paraissait d’autant plus légitime qu’elle avait pour finalité de redistribuer les terres pour le plus grand nombre de citoyens Noirs.

Les résultats plus que encourageants obtenu par la coalition de l’opposition dénommée Mouvement pour le changement démocratique aux élections législatives de d Juin 2000 vont finir d’ébranler l’assurance du leader révolutionnaire qui naturellement a du se sentir trahi par ce  peuple dont il s’est autoproclamé le défenseur.

Dans cette situation la peur de perdre le Pouvoir entraine une radicalisation du régime ponctuée  des réactions violentes  à l’égard de l’opposition traitée de regroupement de traitres à la solde de l’Occident.

C’est donc ce Mugabe hostile à toute velléité de démocratisation réelle de son pays, bravant la Communauté internationale dont une partie en convergence avec les Organisations Internationales demande qu’il soit banni que les Etats africains ont comme le Président l’Union Africaine.

Dans cet esprit les Etats Africains l’ont –il élu en connaissance de cause pour affirmer leur indépendance au mépris de de la volonté de la communauté internationale.

A notre avis, il ne faut pas s’y méprendre l’Afrique n’a pas élu Mugabe pour défier la communauté internationale mais a agi dans le sens du respect du principe de la rotation régionale pour l’attribution de la Présidence de l’UA.

En ce sens l’élection de MUGABE ne saurait remettre en question grand mouvement d’approfondissement de la démocratie qui a vu le jour en Afrique depuis quelques années voulu par les démocrates du Continent et soutenu par la communauté internationale.

En vérité, la partie de la communauté internationale qui veut banir MUGABE peut-elle affirmer que ce dernier est-fondamentalement différent de la moyenne des chefs d’Etats Africains. La réponse est non. Mugabe comme la plupart de ses pairs a une perception autoritaire et patrimoniale du pouvoir qui n’admet que très difficilement la contestation et qui confie la gestion du pouvoir d’Etat à la famille et aux partisans .Convaincu d’être le sauveur de son peuple il ne peut souffrir la contestation de sa légitimité.

En effet, , il est incontestable que les démocraties africaines doivent aider  le Régime politique du Zimbabwe à  évoluer dans le sens d’une plus grande démocratisation , d’une plus grande conformité des actes de l’ETAT aux exigences des normes internationales et à une plus grande soumission au principe de l’égalité des citoyens Noirs ou blancs devant les règles et principes républicains.

Au nom du principe généralement admis du droit d’ingérence, il n’existe plus d’ilots infranchissables de souveraineté dés lors que la communauté internationale constate de la part d’un  Etat qu’il commet ou laisse commettre dans sont territoire  des violations massives et répétées des droits de l’homme. En ce sens, les Africains doivent admettre  que c’est à bon droit que les occidentaux peuvent critiquer les options de leurs dirigeants.

Toutefois le reste du monde doit tenir compte et respecter les positions adoptées par l’Union Africaine comme l’expression de la volonté des peuples d’Afrique. Le Monde doit reconnaitre à l’Afrique la capacité de s’indigner et se concerter avec elle  avant de décider de sanctionner ses dirigeants. En cela, la décision de l’UE de permettre au nouveau  Président de l’Union Africaine, même s’il s’appelle MUGABE , de pouvoir visiter librement tous les pays de son espace mérite d’être saluée car elle va dans le bon sens du respect qui doit prévaloir dans les relations entre les composantes de la Communauté internationale.

En effet l’Europe par exemple dans sa position par rapport à certains dictateurs africains s’est fondée sur les   principes auxquels elle croit pour combattre las anciennes dictatures d’Espagne, du Portugal et de la Grèce.